Robert AUFAN , 56 bd
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A – Permanence et actualité
de la production, de l’Antiquité au XIX° siècle.
Nous
avons déjà évoqué, en introduction, la « poix-goudron » et quelques-unes
de ses utilisations, mais avant d'aller plus loin, il nous faut rendre hommage
à M. Erasme Loir dont la thèse sur « L'industrie de la résine dans les Causses
à l'époque gallo-romaine », soutenue devant la faculté de Pharmacie de
Montpellier en 1940, reste l'ouvrage de référence, très souvent cité bien que
rarement lu dans son intégralité. En effet, après avoir relevé chez les auteurs
anciens Théophraste, Pline, Dioscoride, Galien entre autres , tous les textes
mentionnant la poix-goudron, il a dressé un tableau précis des produits et de
leurs utilisations afin d'illustrer, ce qui est l'essentiel de son ouvrage et
dont nous reparlerons, la description des techniques de fabrication que
lui-même et Louis Balsan avaient étudiées grâce à des découvertes
archéologiques fondamentales.
Erasme
Loir, s'appuyant donc sur des témoignages originaux, distingue, selon leurs
procédés de fabrication, trois types de produits: la poix-Iiquide, obtenue
par la combustion de bûchettes de résineux dans les «fours» chauffés extérieurement
; la poix épaisse quand la combustion se faisait sur des aires semblables
à celles des charbonniers et recouvertes de gazon, ancêtres des fours que nous
appelons à partir du XVII° siècle les «hourns de gaze suédois» ; la poix
recuite dans une chaudière que nous retrouverons aussi plus tard sous le
nom de bray gras. Il faut noter que la distinction entre poix liquide et
poix épaisse se perpétue, avec d'autres techniques, dans celle que nous
rencontrons aux temps modernes entre "goudron subtil et coulant"
d'une part, "poix, pègle ou goudron de caillou" d'autre part.
Ces
trois types de poix, liquide, épaisse et recuite, sur lesquelles les auteurs
ne donnent guère de renseignements, connaissaient des utilisations aussi
nombreuses que variées.
Sans
revenir sur celles que nous avons déjà signalées, il convient cependant de
s'arrêter sur quelques détails qui témoignent de la permanence de ces produits,
de leur utilisation et, nous le verrons, des techniques de production.
-Cette
permanence est ainsi remarquable au niveau du vocabulaire : Virgile[1]
parle ainsi de morceaux de bois, réunis entre eux et enduits de
goudron, utilisés dans les cérémonies nuptiales; d'autres auteurs emploient,
pour désigner ces torches qui accompagnaient les jeunes mariés vers leur
domicile, le mot « taeda ». Or, en 1778, c'est le mot « tède » qui,
dans l'Encyclopédie, désigne le bois très résineux propre à faire du goudron.
En 1810, le botaniste Thore parle de « bûchettes de tède », partie très
résineuse des vieux pins, utilisées pour le même usage[2]. De nos jours encore, alors que
le mot français correspondant est l'aubier, c'est toujours le terme de tède,
directement issu du latin, qu'on emploie dans le massif landais. On utilisait
déjà cette expression à Bordeaux en 1336[3] et, en 1614, c'est en Bigorre,
du bois « tiré des pins sauvages par les montagnols » qui sert « en
hyver, pour éclairer leurs maisons au lieu de chandelles».
-
B-
L’UTILISATION DES PRODUITS
La poix
n'a plus, de nos jours d'efficacité militaire ou juridique comme chez les
Romains où les incendiaires (les hérétiques plus tard), étaient enduits
de poix et brûlés vifs, ou comme chez les Iroquois du Canada qui, en
1648, mirent à mort le père jésuite de Breboeuf, en l’entourant d’une
ceinture d’écorce enduite de poix à laquelle ils mirent le feu. Cette
utilisation de la poix a parfois été accidentelle comme en témoigne le célèbre
« bal des ardents « en 1469, charivari au cours duquel des
personnages, dont le roi Charles V, s’étaient enduits de poix et de plumes, s’enflamèrent
au contact d’une torche .
Par
contre, c’est dans le domaine de l’étanchéité que la permanence est grande.
L'étanchéité.
La poix, en effet, enduisait toujours, il y a peu, en
Pays de Buch, les bâtiments, cabanes, chais, hangars construits avec le bois de
la Forêt Usagère, protégeant ainsi le matériau de l'humidité, comme c'était le
cas à Carthage dans l'Antiquité et comme ce le fut aussi dans toute l'Europe médiévale
, en particulier en Norvège, ce
qui donne aux vielles églises en bois, une couleur caractéristique.
Les
produits résineux servaient aussi à l'étanchéité des récipients, comme les
amphores de
Le
poissage des jarres est donc fait par le broyage de 40 mines de poix (la
mine fait 100 drachmes soit
On a
ainsi pu détecter par archéométrie organique des traces de goudron sur des
récipients phéniciens des V°/IV° siècles trouvés à Beyrouth et servant à
stocker des aliments (vins , huiles, miel…), de même les recherches
archéologiques sous marines apportent régulièrement des preuves de cette
utilisation : amphores à vin de l’épave romaine des îles Trimoti (
1°siècle AC), du navire « étrusco-punique » d’Antibes (VI°s.AC)…
Cette
utilisation s'est perpétuée jusqu'à nos jours puisqu'en 1917, une enquête
officielle
signale que la colophane est utilisée comme « revêtement des tonneaux de bière
» [5]. Et à Beliet, à la même époque,
c'est par contre la poix noire, goudron issu de la combustion du pin mort, qui
est achetée pour servir au « colmatage » des fûts de bière [6]. On trouve déja cette tradition
au Moyen Age puisque au XIII° siècle, le «Livre des Métiers» nous apprend qu'on
ajoutait, pour « efforcer la bière…, baye, piment et pois résine ». On
pourrait encore citer le revêtement interne des gourdes en cuir du Pays Basque,
enduit résineux qui donnait un goût au vin tout en assurant l'étanchéité de
l'enveloppe ou celle des outres en peau de chèvre d’Algérie.
La
résine brute ou affinée servait aussi à enduire la face interne des bouchons de
liège qui fermaient les amphores telles que celles remontées d'une épave
étrusque ou grecque, au large de Saint-Tropez[7].
Il y a d'ailleurs,
en ce qui concerne la vinification, un mélange fréquent entre poix, résine et
térébenthine, puisque les Bituriges Vivisques, en Bordelais, faisaient
«infuser dans le vin de la poix et de la résine» et qu’en Iran des poteries
vieilles de 5000 ans portent des traces de « raisin fermenté et de résine de
térébinthe [8]»
Pour le moment il n’y a pas de témoignage archéologique probant
de ces utilisations dans la région Aquitaine, le seul vestige connu est la
mosaïque de Saint-Romain en Gal, dans la Vallée du Rhône, à Vienne, en Isère,
qui montre le poissage des jarres à poix ou à huile[9]
Le poissage
des jarres à vin. Mosaïque gallo-romaine de Saint Romain en Gall (in Recueil
général des mosaîques de la Gaule III Narbonnaise)
Cependant on peut se poser la question suivante : la présence
d'ateliers de fabrication de poix à Audenge, en Buch[10] et à Sanguinet, en Born [11] ne peut-elle être mise en rapport avec le
développement du vignoble girondin. Il en est contemporain, de la même façon
que ceux des Causses le sont avec celui des vignobles de la Narbonnaise.
Les romains en effet aimaient le vin poissé
(picatum) . Roger Dion,[12] explique ce gout de résine par le fait que la panse interne des amphores était d'ailleurs poissée et
la couche, d’après certains contemporains, atteignait
Comme d’autres auteurs latins ils parlent surtout des vins
de la vallée du Rhône, autour de Vienne, pays des allobroges qui utilisaient
des cépages ancêtres du syrah. Il est interessant de constater que certains
crus de cette région qui produisent du vin issu de ce cépage vantent le goût de
goudron végétal qu’ont leurs produit.
Mais
c'est surtout en pharmacopée et dans la construction navale que l'emploi des
goudrons, poix et brays gras, a duré le plus longtemps.
La pharmacopée
Erasme Loir signale ainsi l'épilation grâce à la poix ; c'est donc l'ancêtre
des cires toujours utilisées pour le même usage!
Il dit aussi, sans en préciser le but exact, mais on peut
supposer que c'était pour raffermir, qu'additionnée de vin bouilli et de fleur
de farine, on l'appliquait, en cataplasme, sur le sein des femmes. C'est sous
cette forme d'ailleurs, ou bien celle d'onguent, que, pure ou mélangée de cire,
elle avait un effet certain sur les maladies de peau (dartres, gale, crevasse
des pieds et de l'anus), les ulcérations (hémorroïdes, abcès, furoncles, affections
de la matrice ou de la vulve), mais aussi sur les oreilles purulentes (avec de l'huile rosat), la calvitie et
les morsures de serpent (avec du sel et de la farine d'orge).
Un autre emploi médical de la
poix dans l'antiquité, c'est tout ce qui concerne les maladies respiratoires
(affections du larynx, angines, amygdalites) pour lesquelles on la mélangeait
avec du miel; les scrofules dont le traitement était original - les rois
n'étant pas encore là pour guérir ces écrouelles - puisqu'on la mixait avec de
la farine d'orge et de l'urine d'un enfant non pubère; les maladies nerveuses
enfin.
Ces usages médicaux se sont perpétués: au XV° siècle, Ambroise Paré
utilise des emplâtres constitués de poix liquide et de poix noire, et plus près
de nous, en
D'ailleurs, l'officine Durvaut, manuel de pharmacopée, préconise
toujours à notre époque le goudron de pin purifié pour les sécrétions
bronchiques sous forme de capsules, pilules ou sirops de goudron. Elle
mentionne encore les goudronnières anglaises, le recommandant aussi en
applications externes ou en shampoing contre l'eczéma sec, la séborrhée du cuir
chevelu et le psoriasis, ou bien dans les affections des voies urinaires. Quant
aux vétérinaires, il leur est toujours conseillé d'utiliser contre les
affections de la peau et les parasites le liquide « fluide, brun et
empyreumatique» qui, après la distillation per descensum, surnage
au-dessus du goudron et de traiter au goudron végétal la sole du sabot des
chevaux.
La poix-goudron fut donc bien un «remède-miracle» de l'Antiquité jusqu'à
nos jours !
La construction navale
Il en est de même pour ce qui concerne la construction navale où les
goudrons, poix et brays gras ont été de tout temps indispensables jusqu'à ce
que les coques métalliques, puis plastiques, et les produits chimiques, bien
plus polluants que les produits résineux traditionnels, ne viennent les
supplanter.
Trois opérations exigeaient, dans les chantiers antiques, l'emploi de
la poix.
A l'intérieur de la carène, partie immergée de la coque, on coulait à
chaud, souvent avant la mise en place du plancher de cale, du bray épais qui, bouchant
tous les intervalles entre les pièces de bois, assurait, outre le collage,
l'étanchéité de l'ensemble. Parfois, pour les bateaux possédant un double bordé
ou ceux dont la coque était renforcée par un revêtement de plomb, chose
fréquente du IV° au II° siècle avant Jésus-Christ, on glissait entre ces deux
parois un tissu de laine, comme sur le bateau de la Madrague de Gien, ou de
chanvre, imprégné de goudron végétal, afin d'augmenter l'étanchéité [15]. De tels tissus poissés ont été découverts
lors de fouilles sur des épaves romaines tant à Chalons sur Saône qu’à
Marseille. L'utilisation d'étoupe goudronnée pour garnir les joints et
interstices des bordages de la coque est d'ailleurs attestée en Egypte, pour
les barques de papyrus et pour les bateaux en bois d'acacia, dont les joints
étaient colmatés de papyrus goudronné, et à Rome où le chanvre dominait.
Par contre, chez les Phéniciens, dont les bateaux étaient doublés de cuivre,
c'était le bitume des régions de la Mer Morte (on retrouve la Bible) qui était
employé pour cela.
Enfin, une fois les bateaux terminés, les Grecs, comme les Romains,
enduisaient souvent la coque extérieure de goudron végétal et de cire avant de
la peindre parfois de couleurs vives.
Ces diverses opérations étaient l'apanage de corporations spécialisées
que l'on retrouvait dans tous les ports ainsi que sur les navires car
l'étanchéité exigeait une surveillance constante: celle des stuppatores, les
calfats, autrement dit les poseurs d'étoupe, et celle des unctores chargés
de l'enduit extérieur [16].
En Buch, cela nous fait penser à la « pinasse », « noire
du colta d'autrefois » que célébrait le poète testerin Gilbert Sore [17], à ce « pinus », comme auraient dit
ses lointains maîtres Virgile et Horace [18], lui aussi « coltaré » comme tout ce qui
était en contact avec l'eau. Remarquons au passage que si Gilbert Sore précise «
colta d'autrefois », c'est qu'il pense bien au goudron végétal et non au
coltar-coaltar, de l'anglais coal, goudron de houille apparu au XIX° siècle.
Ces coques coltarées, brayées, comme on disait à Bordeaux au XVI°
siècle[19], devaient être régulièrement raclées et les
anciens récupéraient d'ailleurs ce vieux goudron pour, comme l'affirment Pline
et Dioscoride, le réduire en poudre, la zopisse, qui servait encore à
résorber les abcès.
Mais les coques n'étaient pas les seules à recevoir la bienfaisante
poix, voiles et cordages aussi en étaient imprégnés. A ce propos, il faut
signaler que Strabon dit que les Turdétains, peuple d'Andalousie, fournissaient
la poix à l'ltalie[20]. D'autre part, nous savons que les gréements
en genêt d'Espagne, le sparte (du grec sparta qui signifie câble), étaient la
spécialité de Carthagène et avaient la réputation d'être imputrescibles :
n'étaient-ils point pour cela imprégnés de poix andalouse ?
Ces utilisations maritimes, nous les retrouvons en Europe et dans nos
régions jusqu'au XX° siècle, mais nous ne savons pas ce qu'il en était en Buch
et Born dans l'Antiquité.
Sans prêter foi aux rêves de Phéniciens venus sur nos rivages chercher
poix et résine, ni aux étymologies qui tentent de relier Arcachon, pays
de l'Arcanson ou colophane, avec la ville ionienne de Colophoon qui est
à l'origine de ce mot (alors que le lien entre Arquasson et cassanus évoquant
la chênaie pineraie ancienne est beaucoup plus logique), il faut bien
reconnaître que nous ne savons pas grand chose.
Des forêts, on l'a dit, existaient. Etait-ce le « saltus
vasconiae » de Pline [21] incendié plus tard, on l'a prétendu, par les
Barbares ou plus vraisemblablement les forêts côtières sur dunes
anciennes paraboliques dont la forêt de La Teste est le dernier vestige
important. Peu importe: il y avait des pins, donc de la poix !
Sans s'attacher de nouveau aux célèbres «piceos boios» de Paulin
de Nole [22], ces hommes de poix qui vivaient en Buch,
les découvertes archéologiques confirmées de Losa, à Sanguinet, de Maignan, à
Audenge, les traces éparses de fragments de jarres plus ou moins imbibés
de goudron, tout témoigne d'une fabrication de la poix en Buch et Born à
l'époque romaine. Malheureusement, aucune source littéraire, aucun chronique,
aucun témoignage ne vient le confirmer en dehors de la correspondance entre
Ausone et Théon qui fait commerce de poix de Naricie, « naritiamque picem» [23] et parle du bois de tède enduit de goudron utilisé pour la pêche aux
flambeaux.
Dans bien d’autres domaines la poix est encore utilisée , sous le nom
de « goudron de Norvège » pour cautériser les plaies des arbres, ou
bien par les chasseurs pour badigeonner, près des bauges, les troncs des arbres
afin d’ attirer les sangliers qui venaient s’y frotter, par les pêcheurs pour
fixer les mouches artificielles, voire par les malandrins qui, comme le
mécréant repenti de Georges Brassens, s’armaient « d’un petit bout de bois enduit de poix » pour vider les troncs
des églises…
Enfin c’est encore la poix qui est utilisée pour le polissage des
miroirs de télescope.
Il n'y a cependant aucune raison pour que les populations qui vivaient
dans nos contrées n'aient pas, comme ailleurs dans l'Empire, utilisé la poix-goudron
puisqu'elles se soignaient et construisaient des bateaux, barques et pirogues.
Quant au port de Bordeaux, depuis sa création par les Bituriges Vivisques
comme port de l'étain, il devait bien occuper une corporation de calfats. Si
tout le laisse supposer, rien ne le prouve et c'est l'archéologie surtout qui
nous éclaire. Nous avons pu constater, en effet, en étudiant les techniques
connues ou supposées utilisées pour la fabrication en Buch et Born, des
analogies avec ce qui se passait, à la même époque, dans les Causses, la Haute
Vallée de l'Orb, les Vosges du Nord où des picaria, fabriques de poix,
ont été découvertes et décrites.
C Les produits au XVIII° et XIX° siècle.
Nous verrons dans le chapitre sur les techniques de fabrication comment
celles-ci ont évolué dans le temps mais en ce qui concerne les produits, nous
retrouvons toujours les trois mêmes catégories poix ou pègle,goudron et bray
gras.
La Poix
C’est l’Encyclopédie qui nous donne la meilleure définition de la poix
en précisant qu’elle est obtenue en brûlant, dans des fours « des copeaux
enlevés en entaillant les pins (nos
galips) , la paille à travers laquelle le galipot et le barras ont été
filtrés (nos escoubils), les mottes
de terre ramassées sous les pins et pénétrées du suc qui en a découlé (nos crots) ». tout cela donnant une
« substance noire et grasse qu’on nomme pègle, nom qui paraît correspondre
au mot français poix » Cette association de mots gascons et français
prouve que le correspondant de l’Encyclopédie était landais.
Le goudron
Quant au vrai goudron, les textes confirment qu’il ne peut être obtenu
que par la combustion de bon bois « sans ourles ni croûtes (ni écorce) » ou de vieilles souches
soigneusement triées et nettoyées, le tout devant être absolument sec. Si ce
n’est pas le cas on n’obtient que du « goudron commun » auquel, pour
le rendre plus fluide, il faut ajouter de l’huile ou essence de térébenthine.
C’est ainsi qu’en 1703 les « manufacturiers de goudron » du Marensin
et de Salles en Buch se voient interdire
par l’intendant La Bourdonnaye[24] « d’y mêler ni de la térébenthine ni de
l’huile de térébenthine à peine de
Ajoutons y la mauvaise habitude, malgré les règlements rédigés en 1672,
d’y faire brûler, comme pour la poix, des sous produits du gemmage qui
rendent le goudron épais. Incorrigibles landais qui se font rappeler à l’ordre
en 1686 par l’arsenal de Rochefort obligé, l’année suivante, d’utiliser de
l’huile pour en conserver la souplesse, préconisation reprise par Duhamel
Dumonceaux en 1776 . A la fin du XVIII° siècle on utilisera pour évacuer le
goudron un robinet placé assez haut afin
« que les corps étrangers restent dans la chaudière » ? Ce
procédé d’épuration, déjà utilisé en Valais, fut mis au point à Saubusse dans
les Landes en 1783 , les produits étant ensuite testés à Bayonne, Brest et
Rochefort. on retrouve encore cette utilisation en 1826 à Dax, au Sablar, chez
des fournisseurs de la marine royale.
Le Bray gras.
Contrairement aux colophanes,(les brais), le bray gras est utilisé pour
le calfatage des bâteaux. Alors qu’il devait être obtenu au XVII° siècle par la
recuite dans une chaudière des 1° et 3° coulées issus des fours, il est, au
cours des temps devenu le résultat de mélanges empiriques. Les plaintes
commencèrent en 1692 quand l’ordonnateur de la marine de Nantes disait à propos
du « bray de France » c'est-à-dire landais, »il est de si
mauvaise qualité qu’on ne s’en sert que par force ». C’est donc à la
demande des consommateurs, négociants, calfats, responsables de la marine…que
les préparations varient comme en témoignent ces quelques exemples :
1704 – Dictionnaire de Trévoux : composition de gomme de résine et
autres matières gluantes pour le calfatage !
XVIII° Rochefort : « courroi » pour carénage 3/6 de brai
sec +2/6 de soufre +1/6 de suif ou d’huile de poisson
1775 Duhamel Demonceaux : 2/3 de goudron, 1/3 de
brai sec
1778
Encyclopédie : ¾ de poix, ¼ de goudron
1792 Dictionnaire de la marine : brai sec+ goudron+suif
1804/5 Tassin et Badeigts de La borde :1/3 poix
noire,1/3goudron,1/3brai sec.
1810 Thore :1/3 de poix grasse,1/3 de brai sec,1/3 de résine.
1880 : L’Officine, codex de pharmacie : poix noire+colophane
ou brai sec +goudron
1894 : R.Brunet , la combustion dans des chaudières des
claies et résidus de distillation donne du goudron ou pix.
ou 1 de goudron +
2/3 de brai sec chauffés à 80°
1920 : Beliet, Le graoux : 2° coulée ou « crasse ».
Ce tableau montre que la non observation des règlements entraîne une
mauvaise qualité des brays gras et oblige à distinguer deux catégories :
-l’un artisanal et brut se confond avec la poix noire, (ou pègle ou goudron de caillou)
-l’autre, le bray gras, plus élaboré correspond à des dosages mis au
point sur les lieux de production ou plus souvent d’utilisation (chantiers
navals, arsenaux…)
NOTES
[1] E. Loir op. cit. , p.
I44, voir p. 21.
[2] J. Thore. Promenades sur les côtes du Golfe de Gascogne, Bordeaux 1810.
B.M. Arcachon.
[3] Kurt Baldinger op, cit., p.399.
[4] Pline. Histoire naturelle
Livre XIV-§127
[5] Enquête du Ministère de la guerre sur la reprise et le développement de
la vie industrielle dans la région landaise 1917, page119. BM Arcachon
[6] Souvenirs de M. Michelet habitant Beliet de goudron, 1/3 de brai sec
1778
Encyclopédie : ¾ de poix, ¼ de goudron
[7] JP Joncheray, Le navire de Bon Ponté.
Archéologia dossier 29 ; juillet 1978.
[8] L’indication concernant
l’Iran est tirée de la revue l’Histoire N° 1842, page 13, de février
1997
[9] Janine Lanche Recueil général des mosaiques de la Gaule, III
Narbonnaise 2, 1218 et planche CXIXB.
[10] F.Thierry, Les jarres à poix
dans le pays de Buch. SHAA n°53, p.28 et sqq.
[11]
Bernard Maurin. Les grandes jarres de Losa. Bulletin de la Société de
Borda n° 390 2°trim. 1983
[12] Dion,
Histoire de la vigne et du vin .1959
[13] Columelle, De re rustica , cité par Erasme
loir./
[14] Dr F. Lalesque., Arcachon, ville de santé, Paris 1919
[15] P. Alfredo Gianfrotta et P.
Porney, Archéologie sous la Mer, Paris.
[16] Jean Rougé, Les ports romains de la Méditerranée, in
Dossier Archéologia n° 29, 1978.
[17] Gilbert Sore, «Le parc d'Arams», Une voile sur un
pin, ed. Taris, Bordeaux 1965.
[18] Horace, Epodon Liber 16-57, Virgile 10-206
[19] J.
Bernard, op. cit.
[20] Strabon, livre III,
chapitre Ibérie, traduction F. Lassère. Col. Université française 1966.
[21] Pline, Histoire Naturelle IV-24.
[22] Paulin de NoIe, Carmina X (Epistoloe 3), 233
[23] Ausone, Epître 4 à Th éon.
[24] AN B3 122Marine f°396